Newsletter JUILLET 2016

Transport aérien et développement durable : des outils pour manager (partie 2)

 

Transport aérien et développement durable : des outils pour manager

 

 

(partie 2)

 

 

Dans le contexte de la COP 21 et l’engagement international des 190 pays réunis pour limiter des facteurs contributifs au réchauffement climatique, nous avons abordé lors du premier article paru dans la newsletter de janvier 2016 le développement durable et son corollaire la Responsabilité Sociétale des Organisations.

 

Nous allons poursuivre l’approche méthodologique en nous appuyant sur lignes directrices internationales ISO 26000  qui présente principes, méthodes et outils pour mettre en œuvre « son » programme pour le développement durable.

 

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Mais débutons par la raison fédératrice des efforts menés et à intensifier …

 

L’Empreinte écologique

 

La notion d'empreinte écologique est apparue durant la Conférence de Rio en 1992, mais elle n'a été définie qu'en 1994. L'empreinte écologique consiste à évaluer quelle charge fait peser sur la nature une population donnée. Il s'agit de calculer quelle est la superficie "consommée" annuellement par chaque individu, en divisant la surface nécessaire à produire l'ensemble des biens consommés par la communauté (comme les terres cultivées ou les espaces aquatiques productifs) par le nombre d'individus dans cette communauté.

 

Le résultat de ce calcul à l'échelle mondiale montre que les capacités de la terre à répondre aux besoins humains en ressources renouvelables sont insuffisantes. Cette méthode de calcul permet de comparer l'impact de différents modes de transport ou de consommation.

 

Selon le WWF qui propose divers modes de calculs et des solutions pour améliorer son empreinte, le fait de remplacer 5 heures de voyage en avion par 5 heures de train sur le même parcours permet une économie de 1 000 m2 d'empreinte par an. En France, l'empreinte écologique moyenne est de 5,6 hectares par habitant, ce qui est nettement supérieur aux ressources de la planète.

 

L'empreinte écologique des pays du nord est telle, que si tous les hommes consommaient autant que les européens, il nous faudrait 3,4 planètes. Et s'ils consommaient tous comme des Américains, il en faudrait 5,61. Depuis 40 ans, l'empreinte écologique de l'humanité a presque doublé, depuis 1970, elle a dépassé la capacité biologique de la Terre.

 

La réduction de l'empreinte écologique est l'affaire de tous, car chacun peut agir à son niveau en changeant ses habitudes de consommations : utiliser des énergies renouvelables, favoriser les modes de transport doux, limiter le gaspillage, adapter son alimentation en fonction de la saison et de la proximité de produits, consommer durable, etc.

 

D'une manière plus générale, pour réduire l'empreinte écologique d'un pays, il faut agir sur l'empreinte environnementale des produits et des organisations. L'analyse de l'empreinte environnementale d'une organisation se fonde sur une analyse du cycle de vie  et l’évaluation des performances environnementales.

 

Bien que le transport aérien ne soit gratifié que de 2 à 3 % des émissions de CO2, la croissance du trafic laisse entrevoir une augmentation sensible de ses émissions. Au-delà des recherches de long terme sur un avion neutre en CO2, les compagnies aériennes et les industriels se doivent d'afficher une attitude responsable en cherchant à réduire leurs impacts négatifs là où c’est possible.  Il bénéficie d’appuis de gouvernance sous l’égide de l’OACI.

 

Le secteur des transports a contribué en 2013 à hauteur de 27,6 % aux émissions de GES françaises. Les enjeux sont particulièrement importants pour le transport routier qui, sans organisation de gouvernance réellement impliquée sur les aspects du développement durable, représente à lui seul près de 92 % des émissions du secteur des transports.

 

 

Les mesures fédérées par l’OACI

 

Pour limiter l’impact de l’aviation sur le changement climatique, l’OACI a développé le panier de mesures axé sur  4 enjeux majeurs de développement durable du transport aérien :

 

  • l’amélioration de la performance  environnementale des avions,

  • l’amélioration des procédures opérationnelles de navigation aérienne permettant de réduire la consommation de carburant,

  • le développement des biocarburants aéronautiques,

  • les mesures économiques de compensation des émissions de CO².

 

 

 

 

(Pour en savoir plus « Aviation & changement climatique » DGAC Avril 2016 : www.developpement-durable.gouv.fr)

 

 

Il est intéressant de rapprocher ces enjeux de la modélisation abordée lors de notre article de janvier 2016 :

 

 Cette modélisation présente l’intérêt :

 

  • de positionner les enjeux majeurs en regard des étapes du cycle de vie, depuis les activités de développement technologique jusqu’aux activités de retrait en fin de vie,

  • de faire apparaître pour chaque enjeu les parties prenantes engagées  dans  « un même combat » et, ainsi, d’identifier potentiellement les synergies à rapprocher.

 

Car, en effet, travailler son approche en matière de développement durable nécessite d’associer deux champs d’analyse : les parties prenantes  et les enjeux sur lesquels elles sont engagées ou pourraient le faire.

 

 Il est recommandé de distinguer deux temps de travail :

 

  • Premier temps : travailler sa propre organisation, ses enjeux, ses parties prenantes

  • Second temps : se rapprocher de ses parties prenantes impliquées par les mêmes enjeux (théoriquement et idéalement les mêmes) afin d’étudier des synergies plus puissantes en regards d’objectifs communs.

 

 

Manager son approche Développement Durable

 

La finalité du développement durable vise à diminuer les impacts environnementaux tout en maintenant une rentabilité économique permettant d’assurer l’avenir ainsi que  l’amélioration des conditions sociales de réalisation des activités.

 

Le principe d’une démarche de Responsabilité sociétale va consister à identifier ses impacts et enjeux en concertation avec les parties prenantes impliquées par ces enjeux et contributives à l’amélioration des impacts recherchée

 

  

  • Les 7 principes de la RS sont la porte d’entrée de la démarche et se retrouvent dans toutes les questions centrales. Ce sont des valeurs fortes qui doivent aider au pilotage des décisions et des actions de l’organisation.

 

  • Les 7 questions centrales détaillées en 40 domaines d’actions fournissent une véritable bibliothèque des thèmes à explorer pour identifier ses propres actions potentielles.

Ces explorations s’effectuent en concertation avec les parties prenantes concernées sous forme d’ateliers et constituent un temps fort puisque nécessitent analyses et expertises pour chacun de ces 40 domaines d’actions. Elles permettent aux acteurs d’étudier des hypothèses et des solutions sous un angle de vue plus transversal, moins cloisonné, approche précieuse pour répondre aux enjeux de filière, de choix technologiques et logistiques impliquant des recherches de synergies nouvelles, l’objectif étant de créer de la valeur ajoutée pour l’ensemble des parties prenantes.

L’ensemble de ces parties prenantes est appelé la sphère d’influence.

 

  • Une proposition de démarche de mise en œuvre  est intégrée à l’ISO 26000.

L’organisation établit son programme développement durable à court et à long terme : ambitions, objectifs, ressources et moyens à mobiliser, méthode de pilotage.

Les choix se porteront sur des domaines d’action retenus comme significatifs au regard de la mission, des enjeux, de la vision et des valeurs ; ils s’intègrent à la stratégie et aux politiques de l’organisation.

Une méthode de priorisation des domaines d’actions significatifs a été élaborée afin de disposer de critères objectifs permettant de rendre compte des choix retenus.

A noter une forte progression du "rendre compte" : ce premier des 7 principes RS a été vite perçu comme fondamental dans une approche concertée qui se doit d’être crédible ; cela ne signifie pas la transparence totale trop souvent citée à tort mais une posture explicative des choix court et long terme qui ont été établis, chaque organisation restant souveraine de ses responsabilités. Les dispositions légales françaises ont appuyé ce principe en l’inscrivant dans la loi Grenelle II Article 225 qui implique les entreprises dans le reporting extra financier.

Le choix des priorités du programme développement durable est fixé par chaque organisation dans le premier temps, puis rapproché des autres organisations parties prenantes dans des enjeux communs.

On voit tout l’intérêt de faire en sorte que ces programmes soient issus d’une démarche concertée entre les parties et organisations fédérées dans des filières d’activités.

 

Une stratégie de développement durable implique de regarder les activités autrement, plus globalement et en transversalité. Fréquemment, les éléments de valeur ajoutée suivants sont exprimés :

 

  • Une source d’innovations et de différentiation,

  • Une opportunité pour renforcer ses mécanismes de gouvernance,

  • Des relations avec les parties prenantes plus approfondies (actionnaires, clients, fournisseurs, partenaires, relations dans la filière d’activité, acteurs du territoire,…),

  • Un gain en vision collective, en synergies d’acteurs, en mécanismes de délégation,

  • Des concertations avec les parties prenantes internes plus "mutualisantes" (personnels, fonctions de management,…),

  • Des motivations communes nouvelles facilitant l’implication dans les activités,

  • Une réputation renforcée par des valeurs universellement reconnues, et

  • Une plus grande attractivité en matière de recrutement.


 Sources : COP21, MEEM (anciennement  MEDDE), AFNOR – Travaux de la commission développement durable et responsabilité sociétale et de la norme ISO 26000, Novethic, OACI, DGAC

 

Auteur

Serge DELPLACE, Conseil de direction, Ancien membre de l’AFNOR

Membre expert et participant aux travaux des commissions de normalisation de l’AFNOR :

 

  • Développement Durable et Responsabilité Sociétale : ISO 26000, Gouvernance, Priorisation des enjeux et actions, crédibilité, Reporting,…

  • Pratiques et systèmes de management

 

 

 

 

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