Newsletter JANVIER 2019

Le mot de CT CAMARA, PCA d'ECTAR
Cheick Tidiane CAMARA

Chers Amis

Bonjour

Au seuil de la nouvelle année, c’est avec un plaisir non dissimulé, que j’ai l’avantage, une fois encore, de souhaiter à chacun et à tous, une très bonne et heureuse année.

2018 aura été, pour le transport aérien africain, l’année du MUTAA (Marché Unique du Transport Aérien Africain). Ce sujet fut, en effet, le thème central de toutes les rencontres, et l’Assemblée Générale de l’AFRAA, tenue en fin novembre dernier à Rabat au MAROC, n’y a pas dérogé.

J’ai participé, comme chaque année, à cette rencontre au cours de laquelle j’ai tenté de comprendre, la réalité souhaitée que couvre l’expression : « Marché Unique du Transport Aérien Africain ». A cet effet, j’ai posé des questions au panel des dirigeants de compagnies aériennes présentes, dont certains ardents promoteurs de ce MUTAA.

Je dois à la vérité de reconnaître que je n’ai pas reçu de réponse qui ait satisfait ma curiosité.

Je m’explique : Dans mon entendement un marché unique est le marché intérieur d’un seul pays ou celui de plusieurs pays organisés en espace unique. Ce qui implique un certain nombre de conditions dont par exemple : Une union douanière, la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux… etc.

Ma question : est-ce qu’en accolant le complément du nom « transport aérien africain » à Marché Unique, ces conditions indispensables deviennent caduques ? 

1/ Si la réponse est oui, le MUTAA se résumerait, alors, à l’accès à la libre exploitation des droits de trafic aériens à l’intérieur du continent.

Mais la Décision de Yamoussoukro, qui, sauf erreur de ma part, est exécutoire depuis 2002 dans tous les états signataires du Traité d’Abuja, a déjà réglé cette question. En effet elle octroie cet accès à toutes les compagnies aériennes « éligibles ». En réalité, l’évolution qu’il faut espérer maintenant, est sa complète mise en œuvre   par l’opérationnalisation de « l’Agence d’Exécution » avec les objectifs suivants : l’adoption et l’application de règles de concurrence continentales, la création d’une instance arbitrale, et enfin, la simplification des procédures et démarches règlementaires que l’on impose aux compagnies pour l’accès à la libre exploitation des droits de trafic  

2/ Si la réponse est non, je pense, comme je l’ai dit dans une précédente parution, que la méthode la plus efficace, eût été de procéder par étapes.  Notamment en passant par les CER, dont certaines ont déjà instauré une union douanière avec la libre circulation des personnes.

Cet objectif me semble plus facile à atteindre que de vouloir réaliser, d’emblée, un marché unique entre, par exemple, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Australe. Les difficultés à surmonter seraient nombreuses, et il ne suffira pas d’une décision politique prise au sommet, pour les lever. L’Histoire du continent est pleine d’exemples qui devraient inciter à plus de pragmatisme

La volonté de libéraliser, nous ferait-elle manquer de réalisme ?

Je suis de ceux qui pensent que la libéralisation n’est pas une fin en soi, une panacée. Elle doit avoir pour objectif de faciliter un réel développement du continent par une plus grande intégration. Dans le domaine qui nous intéresse ici, il doit contribuer à une  connectivité  plus efficiente à moindre cout.

Elle ne doit donc point, sur la base d’études plus ou moins télécommandées, se réaliser, seulement en fonction du désidérata et au rythme des plus grands. Le risque encouru est la fragilisation, voire la disparition des plus petits, pour à terme aboutir à une plus grande concentration. Ce qui se fait rarement au bénéfice du consommateur surtout dans un espace où il manque une politique commune du contrôle des concentrations.

Il faut en outre, avoir à l’esprit que sans une politique extérieure commune contraignante et sans des conditions plus restrictives, préservant les intérêts africains, dans l’octroi de la qualité de « compagnie éligible », une totale libéralisation de l’espace africain, rendrait le continent plus vulnérable face aux appétits illégitimes de certaines grandes compagnies internationales et/ou d’intérêts étrangers.

Mon propos, par certains aspects, est sans aucun doute, provocateur. La raison en est que j’espère ainsi, susciter un large débat sur le sujet.

Nos colonnes vous sont donc ouvertes à cet effet.

Vous lirez notamment dans cette livraison un article  par Monsieur Chamsou ANDJORIN, Directeur des Affaires Gouvernementales et du Développement des Marchés, de Boeing International, Afrique Sub-Saharienne, sur le développement du transport aérien en Afrique (écrit en son nom propre et non au nom de Boeing). Vous découvrirez ou redécouvrirez aussi la palette des services d’ECTAR, votre Cabinet Conseil en Transport Aérien.

Bonne année !

Cheick Tidiane CAMARA

PCA ECTAR