Newsletter AVRIL 2018

Gestion des risques et compagnies aériennes : Pour une approche globale, par Jean PEYROT

Au cours de la dernière décennie, la préoccupation de la gestion des risques est devenue incontournable dans les entreprises en général et les compagnies aériennes en particulier. Dans les plus grandes, notamment si elles sont cotées en bourse, elle fait l’objet d’une attention particulière au plus haut niveau puisque le législateur exige que le Président s’engage dans un rapport annuel spécial présenté à l’Assemblée générale des actionnaires, à rendre compte de la qualité du contrôle interne déployé pour maîtriser les risques. Dans l’aérien, Il ne s’agit pas seulement du risque d’accident *qui fait l’objet d’un encadrement spécifique sous l’autorité de l’administration de l’aviation civile, mais bien de l’ensemble des risques de toute nature, susceptibles d’affecter plus ou moins gravement la réalisation des objectifs de l’entreprise : risques stratégiques, risques financiers, risques opérationnels, risques d’image etc…

Dans les PME, y compris dans l’aérien, cette préoccupation est moins présente ; plusieurs explications peuvent être avancées :

Pour les dirigeants, préoccupés par les multiples questions à résoudre au quotidien, l’idée de consacrer du temps à une démarche spécifique à la surveillance des risques n’apparaît ni évidente, ni prioritaire. Dans le meilleur des cas, comme l’affirmait dans un colloque récent le chef (non exécutif) d’une « grosse » PME familiale du bâtiment, « vous savez chez nous la surveillance des risques, c’est moi qui m’en charge ».
Une autre explication tient également à l’absence de compétences disponibles en interne.
Enfin il y a le présupposé que cette question interroge surtout les grandes entreprises, parce qu’une telle démarche coûte trop cher notamment s’il faut faire appel à une expertise externe.

La presse s’est fait récemment l’écho d’une étude de l’OCDE montrant le retard des PME françaises dans la transformation numérique. On pourrait faire le même constat en matière de gestion des risques. Pourtant les PME, y compris dans l’aérien n’auraient que des avantages à mettre en œuvre des stratégies de gestion des risques.  Pour maîtriser les risques de toute nature Il s’agit tout d’abord de les connaître, c’est à dire de les identifier de façon la plus objective possible ; cela paraît évident, encore faut-il le faire.
Mais comme les risques sont très nombreux et multiformes il convient de les classer en fonction de leur probabilité et de leur degré de gravité pour l’entreprise.
Ce processus qui repose sur une méthodologie bien connue (Référentiel « Coso*» par exemple) conduit à établir une cartographie des risques qui permettra au chef d’entreprise et á ses collaborateurs de sélectionner les quelques risques principaux ( pas plus d’une vingtaine en général) qui devront faire l’objet d’une surveillance dans la durée et de la mise en œuvre des mesures propres à en réduire leur impact sur l’entreprise (externalisation, amélioration du contrôle interne ou plan d’action spécifique). Il est souhaitable que cette cartographie corresponde au modèle de développement de l’entreprise.
Cette démarche, appelée « approche globale ou management des risques » suppose d’y consacrer un peu de temps, surtout dans les 12 premiers mois de sa mise en œuvre, et d’adopter une organisation adéquate.

En premier lieu, l’impulsion doit venir du chef d’entreprise et des principaux collaborateurs.
Un collaborateur doit être désigné comme le coordonnateur de la démarche et être rattaché au moins dans un premier temps au chef d’entreprise.
Les principaux collaborateurs seront chargés d’animer, dans leur domaine de responsabilité, les travaux d’élaboration de la cartographie des risques mais la détection et l’évaluation des risques, notamment les risques opérationnels, relève des acteurs de terrain selon un processus remontant (Bottom up).
La dernière contrainte indispensable concerne la réévaluation périodique des risques à partir des fiches de risques portées régulièrement á la connaissance du chef d’entreprise et de ses principaux collaborateurs. Cette revue périodique peut être variable mais une fois par an paraît un minimum. Il est hautement souhaitable que le Conseil d’Administration soit tenu régulièrement informé de ces travaux et participe à l’évaluation des risques stratégiques.

Cette démarche, si elle est correctement maîtrisée et accompagnée d’une communication adaptée, non seulement n’est pas d’un coût insurmontable mais présente plusieurs avantages :

  • Elle permet à l’ensemble des collaborateurs de partager une vision commune des risques.
  • Elle offre une capacité à améliorer la performance globale de l’entreprise par l’examen des procédures internes qui permettent d’améliorer la sécurisation des différentes opérations.
  • Si le management des risques n’a pas évidemment vocation à supprimer les risques, Il permet de fournir, comme disent les commissaires aux comptes, une « assurance raisonnable » que les risques seront mieux connus et donc mieux maîtrisés.


Jean Peyrot

Ancien Administrateur et membre du comité d’audit d'Air France JPConseil

Animateur du Séminaire gestion des risques de l’ATAF

* le risque aérien n’est pas abordé dans le cadre de cet article.
** Référentiel adopté aux États Unis après l’affaire Enron.


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