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Moins d’une semaine pour fixer le sort d’Aigle Azur

Aigle Azur, la deuxième compagnie française derrière Air France a été placée en redressement judiciaire. Le temps presse pour trouver un repreneur.

C’est l’un des dossiers que le tout nouveau secrétaire d’Etat aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, risque de devoir traiter en urgence : l’affaire Aigle Azur. Car l’échéance pour trouver un repreneur pour sauver la deuxième compagnie aérienne française, placée en redressement judiciaire le 2 septembre, s’est brusquement réduite, fixée désormais au lundi 9 septembre. Date limite pour déposer les offres de reprise éventuelles, avant l’audience au tribunal fixée le 16.  Selon, le journal La Tribune, loin des 25 millions d’euros évoqués il y a un mois par le PDG Frantz Yvelin, les caisses de la compagnie sont quasiment vides. Ce dernier a d’ailleurs annoncé ce mercredi 4 septembre sa démission en direct sur BFM Business, ajoutant un énième épisode à ce feuilleton rocambolesque qui agite le monde aérien depuis l’été.

Le 26 août, Gérard Houa, l’un des actionnaires minoritaires (20% du capital) avait tenté d’évincer le PDG, se présentant comme le nouveau patron, avec la volonté de mettre fin aux « errements stratégiques des deux dernières années », avant d’être démenti par un autre actionnaire, David Neeleman (32% du capital). L’entrepreneur américano-brésilien, fondateur de Westjet, une low-cost canadienne et de JetBlue,l’accusant d’usurper ce titre. Deux jours plus tard, nouveau coup de théâtre : une administratrice provisoire, Hélène Bourbouloux, avait été désignée à la tête de l’entreprise et installée en présence des forces de l’ordre, tandis que Frantz Yvelin était rétabli dans ses fonctions, avant qu’il ne démissionne !

Contexte social compliqué

Mais au delà de la bataille d’actionnaires, c’est la  stratégie de croissance de cet ancien pilote de ligne et homme d’affaires (fondateur de L’Avion et La Compagnie Boutique), notamment sur l’activité longs courriers, qui est en cause. Aigle Azur et ses 11 avions (1,8 million de passagers transportés en 2018 réalisant 300 millions d’euros) a en effet vu trop grand en ouvrant des liaisons à la fois vers Sao Paulo et Pékin (en 2018) de même que vers Beyrouth, Kiev ou Milan. « L’erreur a été de se désengager de notre marché franco-algérien qui était rentable et représentait près de 80% de nos revenus, contre 50% aujourd’hui, regrette Martin Surzur, président du bureau du syndicat de pilotes SNPL chez Aigle Azur et membre du CE. Sans par ailleurs être suffisamment soutenu par nos actionnaires, » notamment le Chinois HNA, aux abonnés absents.

S’ajoute à cela un contexte social compliqué : en 2016 et 2017, la compagnie a essuyé un long conflit social soldé par une augmentation des salaires qui a fait flamber les coûts.

Dans l’immédiat rien de change pour les clients : les programmes de vols sont maintenus mais les réservations risquent d’être sérieusement revues à la baisse en raison de l’incertitude pesant sur l’avenir de la compagnie. Au total, c’est une perte cumulée de 40 millions d’euros qui plombe la compagnie.

Atouts pour d’éventuels repreneurs

Celle-ci a cependant des atouts qui intéressent d’éventuels repreneurs. D’abord Aigle Azur reste le deuxième transporteur derrière Air Algérie et devant Air France sur le marché France-Algérie. Surtout, elle possède près de 10.000 slots, les créneaux horaires de décollage et d’atterrissage, à Orly qui intéressent bon nombre de compagnies aériennes, sachant que l’aéroport du sud parisien est plafonné à 250.000 mouvements. C’est d’ailleurs le projet de Frantz Yvelin de céder une partie des créneaux à Orly à la filiale low cost d’IAG, Vueling afin de renflouer les comptes qui a mis le feu aux poudres et suscité le putsch des actionnaires ainsi que de vives inquiétudes au sein d’Air France.

La compagnie nationale suit le dossier de près, n’ayant pas du tout intérêt à voir ses concurrents, notamment Vueling ou EasyJet, se renforcer à Orly où sont basés les avions de sa filiale low cost Transavia.

Le groupe Dubreuil, propriétaire d’Air Caraïbes et de French Bee, regarde aussi le dossier. Des anciens du groupe Air France (Lionel Guérin et Philippe Micouleau) également. Dimanche dans une interview au JDD, Gérard Houa, avait exposé son plan pour « sauver Aigle Azur ».L’Etat pourrait également être un recours. Avec la possibilité de débloquer un prêt.

Pauline Damour Challenges
Pour regarder l’interview de Philippe Bohn sur BFM  : https://www.msn.com/fr-fr/finance/entreprises/moins-dune-semaine-pour-fixer-le-sort-daigle-azur/ar-AAGNNJM?ocid=spartanntp