Emirates discute "correspondances" avec Easyjet face à Air France

Emirates discute avec Easyjet pour pouvoir connecter à Londres, Milan et peut-être Genève, ses vols long-courriers avec ceux de la compagnie du Golfe. Un tel accord permettrait à la compagnie de Dubaï de faire passer via Londres, Milan ou Genève les passagers français qu'elle ne peut transporter au départ de France en raison du refus du gouvernement français de lui accorder des vols supplémentaires.

Le principe des flux de trafic ressemble un peu à celui de l'écoulement de l'eau. Quand un endroit est bouché, il passe par un autre. Emirates est tentée de s'en inspirer pour palier en partie le refus du gouvernement français de lui accorder des droits de trafic supplémentaires depuis 2010. La compagnie de Dubaï discute, en effet, avec Easyjet pour connecter, sur certains grands aéroports européens situés hors de l'Hexagone, ses vols long-courriers avec les vols court et moyen-courriers de la compagnie low-cost européenne. Les deux compagnies coopèrent déjà. Depuis 2012, les passagers d'Emirates peuvent utiliser leurs miles sur le réseau d'Easyjet.

"Worldwide by EasyJet Connect"

EasyJet a lancé l'an dernier à Londres-Gatwick un système de correspondances baptisé "Worldwide by Easyjet connect", lequel permet de proposer des vols long-courriers en correspondance incluant deux prestations : son vol d'acheminement vers l'aéroport en question et le vol long-courrier d'une compagnie partenaire. À Gatwick ce système s'est greffé sur le produit déjà existant "Gatwick Connect", qui prend en charge la correspondance du passager et de ses bagages. L'aéroport de Milan-Malpensa organise lui aussi de telles correspondances.

« Nous discutons avec Easyjet non seulement à Londres-Gatwick mais aussi à Milan Malpensa, et peut-être à Genève, c'est assez intéressant pour nous », a indiqué Tim Clark à quelques journalistes internationaux, lors de l'assemblée générale de l'association internationale du transport aérien (IATA) qui se tenait lundi et mardi à Sydney.

Mettre en correspondance les vols des deux compagnies

Ce système peut être une solution au manque de capacité dont souffre la compagnie de Dubaï dans l'Hexagone. En effet, il pourrait permettre à des passagers des régions françaises de prendre un vol Easyjet pour se rendre à Londres, Milan et peut-être demain Genève pour prendre ensuite en correspondance un vol long-courrier d'Emirates vers Dubaï, voire New-York au départ de Milan-Malpensa puisque la compagnie du Golfe dispose de droits dits de 5e lui permettant d'opérer cette ligne. Même si Tim Clark ne l'a pas mentionnée, l'alimentation des vols long-courriers d'Emirates par Easyjet pourrait très bien concerner Paris, non pas pour attirer des passagers supplémentaires puisque les vols sont bien remplis, mais pour offrir aux passagers d'Emirates de certaines villes régionales françaises une alternative à Air France pour l'acheminement des passagers vers Roissy-Charles de-Gaulle. Pas au départ de Nice, ni de Lyon qui sont reliés à Dubaï par un vol sans escale, mais au départ de Toulouse, par exemple.

Emirates demande des vols supplémentaires en France

Pour autant, cette situation a ses limites et ne règle en rien les besoins de vols supplémentaires d'Emirates en France.

« Nous avons besoin de plus de capacité en France. Nous demandons au gouvernement français plus de vols à Paris, où nos trois vols quotidiens sont remplis à 95%, mais aussi de pouvoir passer de 6 à 7 vols par semaine à Lyon », a indiqué à La Tribune Tim Clark en aparté, en rappelant que la compagnie de Dubai assurait 17 vols par jour au Royaume-Uni.

Déplorant le lobbying d'Air France auprès du gouvernement français, Tim Clark estime que l'État français devrait sortir du capital d'Air France-KLM.

La France maintient une position dure

Pour autant, la compagnie du Golfe risque d'attendre longtemps. Le refus récent de la direction générale de l'aviation civile française (DGAC) d'autoriser les directeurs en France des compagnies du Golfe à assister à un colloque sur les droits de trafic (organisé dans le cadre des Assises du transport aérien) a confirmé la tension qui entoure ce dossier.

Concurrence équitable

Bloquée pendant le quinquennat de François Hollande pour laisser le temps à Air France de se redresser, Emirates n'a pas eu plus de vols, depuis le retour aux bénéfices de la compagnie française il y a trois ans. Le gouvernement français reste sur une position dure et n'accordera pas de vols supplémentaires aux compagnies du Golfe tant qu'un cadre garantissant une concurrence équitable ne sera pas cré. À l'initiative de la France et de l'Allemagne, les pays membres de l'UE ont donné mandat à la Commission pour négocier un accord de ciel ouvert avec les pays du Golfe en contrepartie de clauses garantissant une concurrence dite loyale. Si le Qatar a accepté de négocier, les Emirats arabes unis ont refusé.

Les compagnies du Golfe (Qatar Airways, Etihad Airways et Emirates) sont accusées de gagner des parts de marché à Air France grâce aux subventions reçues de leur État-actionnaire. La compagnie de Dubaï a toujours nié être subventionnée. Ce dont s'accordent de nombreux professionnels du transport aérien français, qui pointent plutôt Eithad et Qatar Airways. Outre-Atlantique, les choses se sont débloquées pour les compagnies du Golfe. Les Emirats ont en effet signé leur permettant de desservir les États-Unis "sans restriction".

« Cette pression de l'UE pour nous arrêter n'a pas de sens. Certains pays dans l'UE, nous invite à desservir leurs aéroports », a indiqué Tim Clark, citant le cas du gouvernement polonais.

Fabrice Gliszczynski, à Sydney / https://www.latribune.fr/

 

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