Air France-KLM : "la priorité est que le groupe retrouve de la stabilité", dit l'Etat

Au lendemain de l'annonce d'AccorHotels de son intention d'entrer au capital d'Air France-KLM, le gouvernement français a expliqué lundi que la priorité était que le groupe, et principalement sa plus grosse filiale, Air France, retrouve de la stabilité. Pour autant, par la voix de Delphine Gény-Stephann , secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances, le gouvernement s'est déclaré "ouvert au principe" d'un tel rapprochement.

Au lendemain de l'annonce des intentions d'AccorHotels d'entrer au capital d'Air France-KLM, le gouvernement français a expliqué lundi que la priorité était que le groupe, et principalement sa plus grosse filiale, Air France, retrouve de la stabilité après 15 jours de grève qui lui ont coûté 400 millions d'euros et le départ de la présidence d'Air France-KLM de Jean-Marc Janaillac.

"La priorité aujourd'hui pour l'Etat est que l'entreprise Air France-KLM retrouve sa stabilité et une direction capable de faire face aux défis de compétitivité et de croissance", a indiqué lundi à Reuters le cabinet de Delphine Gény-Stephann, la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances.

Ce mardi la ministre des Transports, Elisabeth Borne a dit la même chose :

C'est vraiment ça la priorité: un nouveau PDG qui pourra définir la stratégie d'entreprise et c'est à l'aune de cette stratégie qu'on pourra apprécier le projet industriel", a-t-elle dit sur LCI. "Pour l'instant, la priorité c'est un nouveau dirigeant, les liens capitalistiques c'est dans un second temps", a-t-elle ajouté. "L'objectif c'est qu'il puisse y avoir un nouveau dirigeant à la rentrée", a-t-elle déclaré en outre.

"Sujet industriel qui tient la route"

Pour autant, par la voix justement de Delphine Gény-Stephann, le gouvernement s'est déclaré "ouvert au principe" d'un rapprochement entre AccorHotels et Air France-KLM, un projet industriel "qui a sans doute des approches intéressantes".

"Le gouvernement est ouvert sur le principe dès lors qu'il y a une discussion entre les deux entreprises qui fait apparaître un sujet industriel qui tient la route", a-t-elle déclaré lors de l'émission Ecorama diffusée sur le site Boursorama. "C'est entre les entreprises que les discussions doivent se mener. L'Etat aura son mot à dire et participera dans son rôle d'Etat actionnaire à la discussion stratégique", a ajouté Delphine Gény-Stephann.

Dans son entourage, on explique que "tout projet industriel qui contribuerait au développement du groupe sera examiné par l'Etat actionnaire", tout en précisant que le projet d'AccorHotels n'est pas privilégié.

La perspective d'une entrée d'AccorHotels au capital d'Air France-KLM a suscité des réactions tranchées lundi à la Bourse de Paris. L'action Air France-KLM a augmenté de près de 5,45% tandis quand celle du groupe hôtelier a chuté de près de 7%. A ce niveau, la part de l'Etat vaut environ 430 millions d'euros.

Mieux lutter contre  Booking ou Expedia

En proposant à l'Etat la reprise partielle ou totale de sa participation dans Air France-KLM , AccorHotels veut pouvoir mieux affronter les géants internet du tourisme en ligne mais fait un pari non dénué de risques. Cette initiative n'est pas nouvelle et avait déjà été discutée avec Alexandre de Juniac, ancien PDG du groupe Air France-KLM, et avec Jean-Marc Janaillac -lequel, selon nos informations n'était pas très chaud. Le départ de ce dernier et la crise de gouvernance qu'il a engendrée ont incité AccorHotels à rouvrir les discussions autour d'un projet industriel susceptible, à ses yeux, de mieux l'armer face aux agences de réservations en ligne comme Booking ou Expedia, qui offrent depuis longtemps à leurs clients des hôtels couplés à des vols.

Pour AccorHotels, le projet répond à une logique industrielle, celle de rapprocher les savoir-faire de deux acteurs du tourisme, de mutualiser leurs forces en matière de digital, de bases de données ou de programmes de fidélité, et de faire de l'hôtelier un champion mondial du voyage.

AccorHotels pourrait bénéficier du savoir-faire d'Air France

"Les deux groupes opèrent sur le même marché du tourisme mondial et (...) ont une typologie de clients très similaires (...) AccorHotels bénéficierait clairement du savoir-faire d'Air France en matière de 'yield management', de e-commerce ou de programmes de fidélité", soulignent les analystes d'Oddo BHF.

En voulant nouer une alliance capitalistique plutôt que de se contenter de partenariats industriels, AccorHotels souhaite aller plus vite face à la concurrence. Mais il s'engagerait dans un secteur "qui demeure très difficile, avec une forte compétitivité, des cours du pétrole volatils et un risque opérationnel fort", souligne Grégoire Laverne, gérant chez Roche-Brune Asset Management. Surtout il mettrait les pieds dans une compagnie et un groupe sous pression, marqué par des tensions sociales qui conduisent à un immobilisme dangereux face à une concurrence qui ne cesse de se développer.

Sortie de l'Etat du capital d'Air France-KLM

La sortie de l'Etat, qui pourrait s'avérer politiquement difficile en pleine période de conflits sociaux, pourrait en revanche permettre, selon les analystes, de réaliser les réformes susceptibles de redresser la compétitivité d'Air France au niveau de celle de ses grands concurrents.

"Elle (la sortie de l'Etat) offrirait l'avantage de permettre de vraies réformes et de positionner la compagnie aérienne sur des standards équivalents à ceux des leaders du secteur", notent les analystes d'Oddo BHF.

Avec un tel changement de gouvernance, le risque financier deviendrait alors "probablement limité", ajoutent-ils, tout en estimant que l'utilisation de sa trésorerie par AccorHotels pourrait cependant être plus optimale.

"Une prise de participation irait à l'encontre de la logique récente du groupe d'hôtellerie qui a cherché à dégonfler ses actifs", renchérit Grégoire Laverne. Lui aussi estime qu'une éventuelle sortie de l'Etat au profit d'AccorHotels constituerait "un signal fort pour les syndicats avec un message clé : Air France devra se réformer pour survivre".

Pour autant, outre la question de la gouvernance, celle de la mise en place d'un environnement favorable à son développement (levée de certaines taxes par exemple), peut pousser les salariés à accepter des efforts des salariés.

AccorHotels a beaucoup de cash

Disposant de beaucoup de cash grâce à la cession de son pôle immobilier, le groupe français enchaîne les acquisitions à un rythme soutenu.

Plusieurs schémas sont à l'étude. Une reprise des 14% de l'Etat, le rachat d'une fraction seulement de cette participation ou un échange de titres qui verrait en retour l'Etat entrer au capital d'AccorHotels à hauteur d'environ 3%.

Cette dernière option permettrait à l'Etat de rester indirectement associé au sort d'Air France et, en retour, à AccorHotels de sécuriser son statut d'entreprise "stratégique" à l'heure où la consolidation bat son plein dans l'hôtellerie mondiale. Le chinois Jin Jiang, premier actionnaire d'AccorHotels avec 12,4% du capital, a déjà eu des velléités de prise de contrôle du groupe par le passé.

Toute la question sera de savoir si oui ou non, l'Etat sautera le pas. Mais le temps d'AccorHotels pourrait ne pas coïncider avec celui de l'Etat et son PDG Sébastien Bazin pourrait jeter l'éponge en cas de trop longues tergiversations. La fuite organisée dans la presse semble en effet montrer l'impatience du groupe hôtelier.

Les syndicats menacent de faire grève

Pour l'heure, la stabilité souhaitée par le gouvernement n'est pas pour demain. réunie lundi après-midi, l'intersyndicale d'Air France menace la direction d'un "été houleux" même si aucune nouvelle date de grève se devrait être annoncée avant la fin de la semaine. Selon Karim Taïbi de FO, il y a "unanimité de l'intersyndicale pour repartir" dans une grève interrompue avec le départ du PDG Jean-Mars Janaillac début mai. Pour rappel, l'intersyndicale réclame une augmentation générale des salaires de 5,1% dès cette année.

"L'intersyndicale dans sa totalité a décidé de ne pas en rester là. La direction actuelle perd le peu de crédit qui lui reste en refusant de tirer les conclusions de la concertation qu'elle a elle-même lancée", a prévenu Christophe Malloggi, autre représentant FO.

Selon lui, "le conseil d'administration de la holding fuit ses responsabilités. Tout ce joli monde devra assumer l'été houleux qui s'annonce".

Les syndicats, qui ont mené ces dernières semaines un conflit pour obtenir des hausses de salaires, ne communiqueront ensemble que vendredi, à l'issue des rencontres bilatérales programmées entre la présidente par intérim d'Air France-KLM, Anne-Marie Couderc, et les syndicats représentatifs de la compagnie aérienne.

(avec Reuters et AFP)

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