Air Madagascar – Air Austral apporte 40 millions de dollars

Les dirigeants de la compagnie Air Austral ont annoncé plusieurs plans de développement pour la compagnie Air Madagascar. Parmi ceux-ci figure l’apport de 40 millions de dollars.

Un pan du voile est levé. Les dirigeants d’Air Austral annoncent déjà la couleur dans le cadre de leur prise de participation dans le capital d’Air Madagascar. La compagnie réunionnaise compte apporter de l’argent frais permettant à la compagnie malgache de poursuivre son développement. « Nous allons venir avec un investisseur et apporter une enveloppe de 40 millions de dollars », a déclaré Marie Joseph Malé, président directeur général de Air Austral hier à la presse.

La compagnie réunionnaise a été désignée par le conseil d’administration de Air Madagascar comme « soumissionnaire préféré » dans le cadre de la recherche de partenaire stratégique de la compagnie aérienne malgache. Dans ce sens, les deux compagnies ont signé hier le protocole d’accord et qui sera suivi au 31 mai d’un contrat de partenariat stratégique et d’un pacte d’actionnaire.

Le choix d’Air Austral face à un géant comme Ethiopian Airlines dans le cadre de cette ouverture de capitale d’Air Madagascar laisse en émoi certaines franges de l’opinion publique. Mais les explications évoquées hier par les différents responsables évoquent des offres plus intéressantes et plus attrayantes de la part de la compagnie réunionnaise.

« Le choix des deux finalistes est basé sur les critères techniques en matière d’opération, critère financier et critères commerciaux. Air Austral a fait un engagement profond vis-à-vis d’Air Madagascar. Elle donne une priorité sur le renforcement du hub à Antananarivo. Ce qui n’est pas le cas pour Ethiopian Airlines », a déclaré Jean Marc Bourreau, directeur général de IOS Partners, le cabinet en charge de la sélection des offres des soumissionnaires.

Leader régional

Dans cet engagement, Air Austral entend redorer le blason de la compagnie Air Madagascar. « La priorité est l’extension des destinations. Il y aura le redéveloppement du réseau domestique de Air Madagascar avec des fréquences répondant à la demande, le développement du réseau régional, la remise à niveau international. Il faut redonner de la confiance aux passagers et trouver un équilibre financier. La reconnaissance du pole compétence technique est un point important », a déclaré Léon Maxime Rajaobelina, président du conseil d’administration de Air Madagascar sur les offres proposées par Air Austral. La compagnie réunionnaise a également proposé des plans pour les filiales de la compagnie dont Sofitrans, société chargée du catering sur les vols, et Madagascar Ground Handling (MGH), filiale s’occupant de l’assistance au sol.

« C’est un partenariat gagnant-gagnant. On va apporter quelque choses pour Air Madagascar et elle va nous apporter un relais de croissance », a souligné le patron d’Air Austral à l’issue de cette signature de memorandum of understand (MoU).

Air Madagascar et Air Austral se connaissent bien pour avoir déjà travaillé ensemble au travers de partages de codes. La compagnie malgache a choisi de faire escale à La Réunion pour la reprise de sa ligne vers Guangzhou, le 12 février dernier. Air Austral, qui a fait preuve de rentabilité avec trois exercices bénéficiaires consécutifs, ne cache pas ses ambitions et se présente comme un « leader » régional dans l’océan Indien. Dans ce sens, elle compte bien, avec Air Madagascar, devenir un géant de la région devant l’arrivée des autres compagnies aériennes venant grignoter la part de marché dans certaines destinations.

Pour rappel, la compagnie aérienne malgache avait lancé en avril 2016, le processus de recherche de partenaire stratégique en vue de son redressement. Sept sociétés se sont manifestées, dont Air Mauritius, Airlink, Air Austral, Kenya Airways et Ethiopian Airlines. Finalement, Air Austral est désigné « soumissionnaire préféré » et a remporté la bataille face à Ethiopian Airlines, l’une des deux compagnies retenues pour la sélection finale.

Quid des petits actionnaires

Air Austral va prendre 49% du capital de Air Madagascar et l’État gardera les 51%. Ce sera la composition des actionnariats de la compagnie Air Madagascar dans les prochains mois. Alors qu’actuellement, elle est détenue à plus 90% par l’État malgache. Les près de 10% restant sont partagés entre la compagnie Air France, le personnel, l’assurance Aro, la société Sonapar et l’assurance Ny Havana.

D’après les explications de Léon Rajaobelina, président du conseil d’administration de Air Madagascar, « il y aura des opérations d’accordéons ». L’achat des parts sociales de ces petits porteurs n’est pas à écarter même si le PCA d’Air Madagascar rassure que tout sera fait afin de préserver, au moins, la part sociale des employés.

Des offres inintéressantes pour les autres

Pourquoi Air Austral et non pas Ethiopian Airlines   Surtout que Air Austral, comme l’a reconnu son PDG, est d’une taille relativement modeste. Beaucoup se sont étonnés de ce choix du conseil d’administration d’Air Madagascar. Mais il s’est basé sur les conclusions techniques, soulève les cabinets IOS et Partners et TroyAvi.

« Air Austral a fait un engagement profond vis-à-vis de Air Madagascar. Pour Ethiopian Airlines, Air Madagascar est une opération supplémentaire. Elle a investi dans plusieurs autres compagnies aériennes en Afrique. L’expérience qu’on a vue est qu’il y a un décallage important entre le plan présenté au départ et la réalisation. La compagnie éthiopienne se développe en fonction du renforcement de son hub à Addis Abeba et son offre pour Air Madagascar va dans ce sens. L’offre d’Ethiopian Airlines est intéressante mais ne prenait pas en compte les intérêts de Air Madagascar » a expliqué Jean Marc Bourreau, directeur général de IOS et Partners hier.

Des indiscrétions rapportent que « Ethiopian Airlines semble se contenter de vouloir envoyer tous les passagers de Air Madagascar vers son hub à Addis Abeba, puis de là les envoyer vers les autres aéroports du monde ». Certaines compagnies postulantes auraient même voulu «vassaliser» la compagnie malgache, perçue comme en difficulté. Certaines compagnies n’auraient même pas daigné proposer des offres financières dans le cadre de cette recherche de partenaire stratégique. Certains se sont limités à proposer des avions à Air Madagascar, pour transporter les passagers vers leur hub.

Air Mauritius, South African Airlink, Air Austral, Kenya Airways et Ethiopian Airlines se sont manifestées à la prise de participation dans le capital de Air Madagascar. Mais la compagnie mauricienne s’est retirée en cours de route.

Un passif à épurer

Air Austral ne supportera pas le passif de Air Madagascar. La compagnie malgache doit éponger ses dettes avant l’entrée dans son capital de son nouveau partenaire stratégique. « Le gouvernement assumera cette dette. Il faut tout simplement que cette dette ne soit pas une charge supplémentaire pour le gouvernement et n’entraine un déséquilibre du budget», a annoncé Léon Maxime Rajaobelina, président du conseil d’administration de la compagnie Air Madagascar.

Pour l’heure, les différents responsables de Air Madagascar ne veulent pas s’aventurer sur ce sujet. « Les audits sont en cours », s’est contenté de dire le PCA. Dans une interview accordée à un quotidien de la capitale en janvier 2016, Gilles Filiatreault, directeur général à l’époque avait évoqué une dette s’élevant à 75 millions de dollars pour la compagnie.

 

Marie Joseph Malé – PDG de Air Austral – « Le marché malgache sera un véritable relais de croissance »

 

Qu’est ce qui a amené Air Austral à vouloir intégrer le capital de Air Madagascar?

Je pense que c’est dans l’intérêt de Air Austral. C’est pour cela que le partenariat est un partenariat gagnant gagnant. On a apporté quelque chose à Air Madagascar et en retour elle va nous aider. Le marché malgache va nous aider dans le temps et sera un véritable relais de croissance. On s’apporte mutuellement. Dans l’aérien, le principe auquel je crois, c’est la coopération. C’est celle-ci qui paie puisqu’on travaille dans un monde de communication. Il faut effectivement coopérer. Ce partenariat stratégique est la quintessence même de cette coopération.

 

Ne craignez vous pas qu’il y puisse y avoir un conflit d’intérêt ?

Quelle que soit la situation dans laquelle vous vous trouvez, quand vous êtes a priori éloigné où sur une même ligne en concurrence, il y a nécessairement au départ un conflit d’intérêts. Mais l’idée de cette coopération est de se dire ensemble qu’il y a de la place pour tous. Deuxièmement, ensemble on sera comme un groupe uni beaucoup plus fort face à la concurrence. Vous avez bien vu les nouveaux transporteurs qui arrivent à Antananarivo, et il y en a énormément qui vont arriver, il faut être de plus en plus fort. Deux compagnies de cette taille modeste, en s’alliant, trouvant les points forts de l’une et de l’autre réussiront plus fort. Un plus un sera trois.

 

Et sur le plan social, on parle d’un sureffectif à Air Madagascar.

Il est prématuré d’en parler. La masse salariale de Air Madagascar ne représente pas une charge comme celle d’une compagnie européenne. La question n’est pas de savoir s’il y a un sureffectif mais de savoir s’il y a une adéquation de besoin et compétence.

Texte : Lova Rafidiarisoa :lexpressmada.com

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