CAMAIR-CO : Brouillard autour du plan proposé par Boeing Consulting

Le plan de Boeing consulting est déjà l’objet de nombreuses inquiétudes.

Plus d’un mois après la validation du plan de restructuration de Camair-Co, assorti des instructions du chef de l’Etat pour une mise en application immédiate, c’est toujours le statu quo qui prévaut. L’on se souvient que le 26 juillet 2016, Paul Biya a validé le plan de restructuration de la Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co), proposé par Boeing Consulting, une filiale du constructeur américain Boeing à Seattle.

Une proposition validée après plus de huit mois d’intenses études et censée, de l’avis des observateurs, sortir la compagnie nationale de navigation aérienne de la zone de turbulences. Le plan validé par Paul Biya envisage donc de faire passer progressivement la flotte de la compagnie de 5 aéronefs à près de 14 d’ici 2019. Soit au total 9 avions Boeings de tailles et de capacités différentes, 03 MA 60 et 01 Q 400 en l’espace de deux ans.

Ainsi, au moins 27 destinations seront desservies, soit 9 domestiques, 13 régionales et 05 intercontinentales. Aussi, la réhabilitation des ateliers de maintenance de Camair-Co ainsi que la restructuration financière de la compagnie figurent-elles en bonne place dans les propositions faites par Boeing consulting. Nul n’ignore, en effet, que l’une des difficultés majeures de la compagnie tient à sa faible capacité financière à honorer ses engagements vis-à-vis de ses fournisseurs.

Sur ce volet, le chef de l’Etat a validé la proposition de Boeing consulting de prendre en charge la dette de la compagnie qui s’élève à près de 35 milliards de Fcfa et à procéder à une augmentation du capital à hauteur de 60 milliards de Fcfa. Cette option a l’avantage de permettre à Camair-Co de s’affranchir des contraintes de la subvention d’équilibre rarement versée à temps – le ministère des Finances doit à Camair-Co, à titre d’arriérés de subventions, près de 11,6 milliards de Fcfa.

Mais, surtout, de mettre fin au chantage récurrent et constant des fournisseurs bloquants (loueurs d’avion et de moteurs, prestataires de la maintenance des aéronefs en ligne, fournisseurs de carburant, etc.).

INERTIE

Depuis l’annonce de la validation de ce plan de restructuration et les instructions du chef de l’Etat pour une mise en application immédiate, c’est l’immobilisme total. La machine gouvernementale donne l’impression d’être grippée ! Du coup, les fournisseurs bloquants, qui s’attendaient à un retour à la normale de leurs relations de prestation avec la compagnie nationale, piaffent d’impatience. C’est le cas des loueurs de moteurs (Ajw et Willis Lease) du B767 «le Dja», d’Ethiopians Airlines pour la maintenance en ligne des avions, etc. Il n’est pas exclu, si la situation financière de la compagnie ne s’améliore pas rapidement, que ces fournisseurs se mettent en colère.

Et bonjour le dégâts ! Est-ce à dire que l’espoir né des instructions du chef de l’Etat s’est mué en désillusion ? A la direction générale de la compagnie, pas de commentaire. Jean-Paul Nana Sandjo, directeur général, s’est retranché dans un silence assourdissant. Dans son cabinet, on oriente les médias tantôt vers le ministère des Finances (tutelle financière), le ministère des Transports (tutelle technique) ou la Présidence de la République.

Le personnel de la compagnie préfère, lui, parler sous cape. «La validation du plan Boeing avait été accueillie avec triomphalisme par le personnel. Ce triomphalisme s’est traduit par la volonté affirmée du personnel de s’investir à fond pour faire redécoller la compagnie nationale de navigation aérienne. Hélas, nous en sommes aujourd’hui à nous demander les raisons du retard d’un plan dont la mise en oeuvre avait pourtant été déclarée immédiate par le président de la République», se lamentent des syndicalistes.

En d’autres termes, comment expliquer que l’exécution des instructions fermes du chef de l’Etat ne connaissent pas un début d’application et qu’aucune raison ne soit avancée ?

AKAME MFOUMOU

Pour plusieurs observateurs, cette situation tient à la personnalité du président du conseil d’administration, Edouard Akame Mfoumou, laquelle cristallise bien de tensions. Pour ses proches, l’homme, avare en parole et inscrit au palmarès du front de refus de la politique de distribution des prébendes à certains prédateurs de la République ayant les yeux rivés sur une compagnie en convalescence, ne peut que susciter leur foudre.

Ses ennemis font alors feu de tout bois pour que Camair-Co ne relève pas la tête sous son règne et que le redécollage de la compagnie ne soit pas ainsi porté à son crédit. Lui qui, banquier de l’année en 1988, a laissé une bonne réputation aussi bien à la tête du ministère de l’Economie et des Finances qu’à la Défense. D’où l’énergie déployée pour bloquer toute volonté du chef de l’Etat de faire redécoller la compagnie aérienne nationale.

Cette manoeuvre, toujours à en croire certaines mauvaises langues, aurait bien fonctionné par le passé. Ce fut le cas pour la convention de prêt de 30 milliards de Fcfa signée le 16 juin 2015, toujours sur hautes instructions de Paul Biya, entre Camair-Co et le groupe Ecobank, avec la garantie de l’Etat camerounais. L’objet du prêt : financement du plan de relance de la compagnie, élaboré par l’actuel top management.

Au lendemain de cette signature en grandes pompes, plus rien. Les 30 milliards de Fcfa deviendront au fil du temps un véritable serpent de mer. On apprendra plus tard que les adversaires d’Edouard Akame Mfoumou ont remis en doute le plan de relance et proposé une contre-expertise à travers un cabinet local inconnu au bataillon des consultants en business plan des compagnies aériennes. Il s’agissait en fait d’un ancien cadre de la défunte Camair qui voulait s’y essayer !

Mal leur en avait pris. Car, le chef de l’Etat, après s’être rapproché des experts internationaux en aviation civile, jettera finalement son dévolu sur Boeing Consulting, au grand dam des détracteurs de Camair-Co. Toujours est-il que les 30 milliards de Fcfa attendus du groupe Ecobank ont été relégués aux calendes grecques ! Avec le plan Boeing, qui n’est pas très éloigné de celui qu’avait déjà proposé le top management de la compagnie en son temps, tout laisse penser que les grandes manoeuvres, comme ce fut le cas pour le prêt bancaire de 30 milliards de Fcfa, ont encore repris de la plus belle manière. .camer.be/

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