Air France-KLM accueille son nouveau PDG sur fond de grève

Jean-Marc Janaillac prend ses fonctions ce lundi.

Les syndicats d’hôtesses et de stewards maintiennent leur grève fin juillet.

Pas d’état de grâce ni même de trêve complète pour Jean-Marc Janaillac. Le nouveau PDG d’ Air France-KLM, qui prend ses fonctions ce lundi, n’échappera pas à une grève des hôtesses et stewards au coeur de l’été, malgré les efforts de la direction d’Air France pour lui laisser le temps de réfléchir à son « projet collectif de croissance soutenable ». Si les représentants des pilotes ont accepté de suspendre leur mouvement en échange de la suspension des mesures contestées, les principales organisations de PNC (personnels navigants commerciaux) d’Air France ont rejeté, dès samedi, la proposition de la direction de prolonger jusqu’en mars 2018 l’accord collectif arrivant à échéance fin octobre. Un « marché de dupes » selon ces syndicats, qui réclament des améliorations à leur statut et un nouvel accord pour une durée de trois à cinq ans, et qui ont confirmé leur appel à la grève du 27 juillet au 2 août inclus, durant l’une des périodes les plus chargées de l’année.

Une situation sociale bloquée

Les concessions de la direction d’Air France, qui a dû renoncer, au moins provisoirement, à tout gain de productivité, n’ont donc pas permis de ramener la paix sociale. Si les syndicats de pilotes ont accepté une trêve, leurs revendications, allant du rééquilibrage de l’activité avec KLM à des hausses de rémunération, restent sur la table. Et les PNC, dont un audit de 2012 affirme que leurs coûts sont supérieurs de 40 % à ceux d’un panel de concurrents, ne sont pas prêts eux non plus à accepter des réductions de coûts supplémentaires, calquant leur intransigeance sur celle des pilotes.

Le nouveau PDG d’Air France-KLM hérite donc d’une situation sociale toujours aussi bloquée, avec un fossé à combler entre une direction qui conditionne la reprise de la croissance chez Air France à des réductions de coûts, et des syndicats qui réclament un plan de développement contre d’éventuels efforts supplémentaires. Mais aussi entre Air France et KLM, sa filiale régionale Hop et la low cost Transavia, tous inquiets de faire les frais du statu quo chez Air France.

Et si la situation économique de l’entreprise est nettement meilleure qu’à l’arrivée d’Alexandre de Juniac, il y a cinq ans, cette amélioration est largement due à la baisse du prix du pétrole, qui finira bien par remonter. Le prix des billets continue de baisser avec le renforcement de la concurrence et l’écart de coûts avec les concurrents ne s’est nullement résorbé. Air France reste la moins rentable des grandes compagnies et la plus exposée à un éventuel retournement. Avec des surcoûts persistants et des problèmes de sous-productivité dans tous les métiers, une gouvernance bancale, une certaine démobilisation, voire même une franche hostilité vis-à-vis des dirigeants, d’une grande partie du personnel.

Enfin, l’amélioration des résultats et le désendettement restent insuffisants pour assurer le renouvellement de la flotte. KLM a besoin d’au moins 20 nouveaux long-courriers d’ici à 2021 pour remplacer ses 747 et poursuivre une croissance de 4 % l’an dans la moyenne des grandes compagnies. Soit un investissement d’environ 5 milliards de dollars. Quant à Air France, il lui faudrait entre 21 et 25 long-courriers, simplement pour revenir à la répartition de l’activité prévue dans son contrat de mariage avec KLM. Et quand bien même la direction d’Air France-KLM, déciderait de réserver les avions neufs à Air France, elle n’aurait pas le droit d’utiliser la trésorerie de KLM pour les financer. Bruno Trevidic, .lesechos.fr/

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