Le transport aérien pris dans le trou d’air du Brexit

Les actions des compagnies aériennes britanniques et européennes sont en chute libre, le transport aérien étant particulièrement concerné par les risques d’un Brexit.

Avec un recul moyen de plus de 10%, les actions des compagnies aériennes faisaient partie des premières victimes du vote britannique en faveur d’un Brexit , ce matin, à Londres, comme à Paris et à Francfort. Parmi les plus fortes baisses, tous secteurs confondus, figurent notamment le groupe IAG (British Airways-Iberia), en recul de près de 20% à la mi-journée, après avoir ouvert la séance en baisse de 33%, et la low cost Easyjet, en baisse de près de 17%. Mais aussi des compagnies non- britanniques, comme l’irlandaise Ryanair (-12%), dont plus de la moitié du trafic provient du Royaume-Uni, ainsi que les principaux acteurs européens du secteur : Lufthansa (-9,74%) et Air France-KLM (-10%).

L’impact à court terme de la livre

Le transport aérien cumule en effet les expositions aux multiples risques et incertitudes d’un Brexit. A court terme, les compagnies aériennes vont pâtir immédiatement de la chute de la livre sterling par rapport à l’euro et au dollar, qui va mécaniquement faire baisser leurs recettes en livres et renchérir le prix des voyages à l’étranger pour les touristes britanniques. Or le Royaume-Uni est le deuxième plus gros exportateur de touristes d’Europe, avec plus de 30 millions de touristes en 2015, dont 76% voyagent en Europe. L’an dernier, 6 millions de touristes britanniques se sont notamment rendus en France. Tout ce qui est mauvais pour le marché touristique britannique est donc mauvais pour le transport aérien en général.

IAG révise à la baisse ses perspectives

A moyen terme, la chute de la monnaie britannique risque aussi de renchérir la facture pétrolière des compagnies britanniques, payée en dollars, ainsi que le coûts des avions en loyer et à l’achat, également facturés en dollars. Tout en se déclarant confiant pour l’avenir, IAG a déjà intégré ces effets négatifs, en annonçant dès ce vendredi matin que ses bénéfices progresseraient moins que prévu cette année.

Incertitude sur les droits de trafic

Mais surtout, à plus long terme, les compagnies aériennes britanniques font face à une incertitude majeure concernant leurs droits de trafic. En théorie, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne les priverait de la possibilité de voler librement en Europe, mais aussi entre l’Europe et les pays avec lesquels ont été conclus des accords de ciel ouvert, comme les Etats-Unis. Easyjet n’aurait plus le droit d’exploiter des bases en dehors du Royaume-Uni, ainsi que des vols entre deux pays tiers, et IAG n’aurait plus le droit de détenir plus de 49% d’une compagnie européenne comme Iberia, Vueling et Aer Lingus. Pas plus qu’à desservir les Etats-Unis au départ de Paris comme c’est le cas aujourd’hui.

Pour préserver ces droits, le gouvernement britannique pourrait certes, négocier un accord de ciel ouvert avec l’Union européenne, comme l’ont fait la Suisse, la Norvège et même la Turquie. C’est ce qu’a immédiatement demandé Easyjet, dès ce vendredi, matin, dans un courrier adressé aux autorités britanniques et européennes. « La priorité sera d’accélérer le dialogue entre le Royaume-Uni, les Etats membres de l’Union Européenne et leurs régulateurs afin de garantir que le Royaume-Uni continuera à faire partie du marché unique du transport aérien européen. Ceci permettrait aux compagnies européennes de voler librement au sein du Royaume-Uni ainsi qu’entre l’Europe et le Royaume-Uni et aux compagnies aériennes du Royaume-Uni de voler librement en Europe, comme aujourd’hui », explique son communiqué. Cependant, si ces accords permettent aux compagnies de ces pays de voler librement en Europe, ils restent le plus souvent conditionnés au respect des règles européennes et à certaines limitations, notamment en matière de prises de participation. Et dans tous les cas, l’acceptation d’un éventuel accord sera soumis au bon vouloir des Etats membres de l’Union.

Décisions d’investissements compliquées

Ce n’est toutefois pas la seule incertitude juridique. Le législateur britannique devra également promulguer dans l’urgence une législation des droits de passagers, ainsi qu’une réglementation sociale, fiscale et environnementale spécifique au transport aérien, à la place de la réglementation européenne actuelle. Autant d’incertitudes durables qui vont compliquer les décisions d’investissements pour les compagnies aériennes basées au Royaume-Uni. Et notamment les achats d’avions à venir, en l’absence de visibilité sur le trafic, le taux de changes et les taux d’intérêts. @BrunoTrevidic : lesechos.fr

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