Le Ministre des Transports, Edgard Alain Mebe Ngo’o, dresse un tableau sombre de Camair-Co, mais reste optimiste

Il avoue, dans une interview accordée au quotidien gouvernemental, Cameroon Tribune, que la santé de la compagnie aérienne nationale est préoccupante.

Edgar Alain Mebe Ngo’o, le Ministre des Transports, s’est confié à nos confrères de Cameroon Tribune sur les nombreuses difficultés que connait la compagnie aérienne nationale, Camair-Co. Il reconnait qu’à l’instar des Lions indomptables et de l’Armée camerounaise, Camair-Co constitue une véritable cause nationale qui ne peut laisser indifférent le peuple camerounais à l’intérieur du territoire national et au sein de la diaspora.

«Comme tout le monde le sait, notre compagnie aérienne nationale Camair-Co est confrontée à des difficultés incontestables. Les charges sont largement supérieures aux recettes d’exploitation et le déficit d’exploitation est d’environ 1,5 milliard par mois. La dette fournisseur qui est extrêmement lourde est estimée à près de 35 milliards de F CFA, dont une grande partie composée de fournisseurs dits bloquants pour lesquels la dette est exigible à court terme et dont le non-paiement peut à tout moment arrêter l’exploitation. C’est notamment le cas des loueurs d’avions, des fournisseurs de carburant, des services d’assistance au sol, des services de navigation aérienne. À cette situation peu reluisante, il faut ajouter une flotte de cinq avions notoirement insuffisante aux plans quantitatif et qualitatif composés: d’un Boeing 777 le Dja, propriété de CAMAIR-Co; de 2 Boeing 737-700, loués; de 2 MA 60, propriété de CAMAIR-Co», avoue-t-il.

Le Ministre des Transports fait savoir que, quantitativement, cinq avions ne peuvent que très difficilement desservir le réseau de la compagnie au plan intercontinental, régional et domestique. Qualitativement, les avions disponibles sont soit inadaptés à la concurrence (Dja), soit sujets à des saisies qui désorganisent l’exploitation et provoquent une perte de confiance de la part des passagers.

«J’ajoute enfin que dans les dessertes domestiques, les Boeing, même pleins à toutes les rotations, ont un coût d’exploitation très élevé qui plombe l’exploitation. La situation que je viens de décrire explique la plupart des déconvenues dont se plaignent régulièrement les passagers: désorganisation de l’exploitation qui entraîne les annulations de vols, la qualité approximative du service, la saisie des avions, les retards dans les paiements des salaires, etc.», dit-il.

Il avoue également que l’intégration des deux MA60 n’a pas permis de résorber le déficit de Camair-Co sur le plan de sa flotte. D’abord parce que ces aéronefs à eux seuls, qui ont vocation à desservir le réseau domestique, ne peuvent pas résorber le déficit de la flotte, qui est appelée à compter à terme, beaucoup d’autres aéronefs de divers calibres…

Malgré ce tableau sombre, Edgar Alain Mebe Ngo’o se veut rassurant. «Pour autant, si la santé de Camair-Co est fort préoccupante, notre compagnie nationale est loin d’être condamnée à mourir. Le président de la République, Son Excellence Monsieur Paul Biya et le gouvernement ont pris l’option résolue de tout mettre en œuvre pour redresser durablement Camair-Co et lui permettre de reprendre son envol définitif», dit-il.

Il cite à cet effet la certification dès 2015 des deux MA60, qui sont restés immobilisés au sol depuis près d’un an; la mise en exploitation de ces deux aéronefs depuis le 23 janvier 2016 pour le moment entre Douala et Yaoundé; la signature, depuis décembre 2015, d’un contrat d’assistance et d’audit avec BOEING; la certification IOSA (conformité aux normes de sécurité) décernée à CAMAIR-Co en mars 2016; l’entrée de CAMAIR-Co comme membre de l’IATA (association des compagnies aériennes).

Ces deux dernières étapes prédisposent CAMAIR-Co à accéder au MITA (multinationale line Trafic Agreement) et au Clearing House, chambre de compensions qui permettra que les billets des passagers de CAMAIR-Co deviennent interchangeables avec ceux des autres compagnies dans le monde. Sur la question de l’avenir du «Dja», Mebe Ngo’o indique qu’«à l’heure actuelle, d’après les informations de Camair-Co, les travaux de pose de nouvelles pièces sont pratiquement achevés et l’avion pourra regagner le Cameroun dans les tout prochains jours».

Pour finir, le Ministre des Transports invite les Camerounais à être patient: «En somme, sous la forte impulsion du chef de l’État, le Gouvernement est en train de prendre des mesures énergiques pour redresser Camair-Co. Toutefois, nos compatriotes doivent faire preuve de patience et surtout de confiance dans la détermination qu’affiche le président de la République. Les Camerounais doivent, par ailleurs, savoir que partout dans le monde, le secteur de l’aviation civile est par essence difficile et sujet à de nombreuses incertitudes», dit-il. © Onana N. Aaron | Cameroon-Info.Net

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