Camair-Co : des employés épinglent Nana Sandjo

Un collectif des salariés de la compagnie aérienne étale au grand jour, chiffres à l’appui, la rapacité du directeur général.

«Nous avons décidé de saisir très prochainement le Tcs (Tribunal criminel spécial, Ndlr) si le gouvernement continue de refuser de changer le directeur général. Nous n’allons pas mourir tous ou perdre notre gagne-pain par la cupidité d’un homme. Comme il limoge tous ceux qui dénoncent ses malversations, nous préférons rester encore anonymes, mais plus pour longtemps. Nous userons de tous les moyens possibles, y compris la grève, pour faire partir M. Nana Sandjo dont le seul travail est de voler notre argent.» Voilà l’un des passages choc de la lettre adressée le 18 avril dernier au ministre des Transports, Edgard Alain Mebe Ngo’o, par le Collectif des employés patriotes de la Camair-Co.

Avec pour objet «malversations financières et risque de grève à la Camair-Co», le brulot se penche sur les petites combines et les grosses magouilles de M. Nana Sandjo. Après avoir produit une copie de l’ordonnance de référé du tribunal de grande instance de Paris ordonnant l’expulsion de la compagnie camerounaise de son siège de la capitale française pour non-paiement des loyers portant sur 20.000 euros (environ 13 millions de Cfa), le Collectif rappelle qu’en octobre 2015, la même compagnie a été expulsée pendant 6 mois du Billing and Settlement Plan (Bsp) pour des impayés s’élevant à 73.000 euros (plus de 47,4 millions de Cfa). Filiale de l’Association du transport aérien international (Iata), cette organisation propose aux partenaires agréés (compagnies aériennes, agences de voyages, voyagistes et revendeurs agréés) la régulation et l’organisation des transactions financières entre les fournisseurs (compagnies aériennes) et les revendeurs de titres de transport aérien (billets d’avion).

L’ironie de l’histoire voudrait que, alors que la compagnie camerounaise était ainsi mise au ban de l’aviation civile internationale, son directeur général faisait payer des factures d’un total de 535000 euros (347.750.000 Cfa) à Ajw Engine, dont il était le représentant Afrique centrale avant son arrivée à la Camair-Co, mais aussi à Aurora, autre fournisseur très chouchouté et où, selon les pétitionnaires, «il a ses intérêts». «Nous allons être chassés bientôt de Roissy [aéroport Charles De Gaulle à Paris] pour des impayés» alerte le Collectif qui précise qu’Aéroports de Paris a déjà saisi les comptes de sa compagnie, alors que l’entreprise Eurocontrol lui réclame 743.000 euros (plus de 482,9 millions Cfa) et que, faute de payer cette somme, la Camair-Co ne pourra plus voler en direction de la capitale française.

Plus loin, le Collectif des employés patriotes de la Camair-Co, avec copie de la correspondance aux secrétaires généraux de la présidence de la République et des services du Premier ministre, indique que les Auxiliary Power Unit (Apu, un groupe d’alimentation auxiliaire, un moteur indépendant situé à l’arrière de l’avion, à pistons ou à turbine à gaz, avec sa propre réserve de carburant) du Boeing 737 QC-A sont abandonnés chez le fournisseur américain Honeywell, alors que la compagnie Ethiopian offrait des réparations deux fois moins chères. «Honeywell, apprend-on, a saisi la société Acg, propriétaire des 2 Boeing 737, pour l’informer de son intention de vendre les Apu aux enchères. Nous avons mis en annexe le mail de Acg qui nous convoque en urgence à une réunion à Paris, pour stopper la vente des Apu. Où sont les réacteurs d’origine du ‘’Dja’’ ?

Nul ne le sait.» Ledit avion, doit-on le préciser, parti en révision, est abandonné en Ethiopie depuis plus de 6 mois. Dans une correspondance datée du 27 février 2016 Ethiopian Airlines, le partenaire technique de la Camair-Co, a d’ailleurs annoncé qu’il déclinait sa responsabilité en cas de toute perte, dommage ou détérioration que pourrait subir leBoeing 767-300 dès sa sortie de ses ateliers, alors que sa réparation est réputée achevée et qui reste abandonné en plein air à Addis-Abeba.

Pourtant, constate le Collectif qui subodore le paiement de rétro-commissions, depuis 2 ans, Jean Paul Nana Sandjo loue des moteurs d’avion à prix d’or auprès de ses amis brookers, l’ancien métier du directeur général de la Camair-Co. Plus simplement, et alors que les deux réacteurs d’origine du «Dja» sont portés disparus, le patron de la Camair-Co en fait louer d’autres pour un coût mensuel situé entre 41,2 et 44 millions Cfa. Voici peu, la société de location de ces moteurs, West Engine Acquisition (Wea) Llc a engagé une procédure judiciaire auprès du tribunal de commerce de Paris pour non paiement de ses prestations de quelque 600 millions Cfa.

Ainsi, sur 5 aéronefs, seul le Boeing 737 QC-A est opérationnel alors que la compagnie nationale croule sous un effectif de 920 salariés dont certains, encore en poste mais sans aucune productivité, ont pourtant atteint l’âge de la retraite. Quant aux pilotes du «Dja», le collectif affirme qu’ils ne sont plus en capacité de voler ni d’aller à l’épreuve obligatoire du simulateur, leurs licences ayant expiré du fait de factures impayées.

À cette liste de joyeusetés, se sont ces temps derniers ajoutées d’autres tuiles et avanies, mais aussi des rumeurs de surfacturation du carburant des aéronefs de la Camair-Co sur le sol camerounais. D’autres dérapages encore, toujours imputés au manager Nana Sandjo, alimentent la chronique des faits divers des médias que l’homme n’a pas encore réussi à embrigader à travers des offres d’insertions publicitaires.

Créée pour être «l’Etoile du Cameroun» qui s’affirme sur le ciel du monde, notre compagnie aérienne nationale semble, depuis le 20 juin 2014, abandonnée entre les mains d’un prédateur hors pair. Sans doute – du moins on l’espère –, le coup de sang du Collectif des employés patriotes amènera-t-il les mentors du grand patron à un sursaut de patriotisme. © La Météo : Cédric Mbida : .camer.be

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