Gilles Filiatréault – « L’avenir d’Air Madagascar est entre les mains de L’État »

Gilles Filiatreault, directeur général de Air Madagascar, fait le tour de la situation de la compagnie aérienne : la revendication des employés, le redressement de la compagnie, le plan d’action.

 Comme c’est l’actu, les cas des syndicalistes seront abordés en premier. Pourquoi n’ont-ils pas toujours réintégré leur poste ?

C’est un dossier qui est déjà en cours quand je suis arrivé. Ceci ne relève pas directement de ma décision puisqu’elle est déjà prise avant mon arrivée. Toutefois, je me suis demandé s’il y a eu une étude sur une jurisprudence pour de cas similaire. La réponse était négative pour Madagascar. Alors, j’ai pris la décision de ne pas créer de précédent. Je ne suis pas un expert en loi malgache, mais le processus de licenciement utilisé par Air Madagascar est totalement légal. La compagnie a été autorisée par l’inspection du travail à procéder au licenciement de ces agents. Ils ont par la suite déposé une requête auprès du tribunal administratif. Et selon les informations que nous avons, le tribunal administratif n’avait pas la compétence pour l’entendre. Quand on parle de compétence, il s’agit de juridiction. Au niveau du tribunal de travail, il y a un fait très important : Air Madagascar ne faisait pas partie de la plainte.

Au-delà des aspects juridiques, pourquoi vous ne le réintégrez au sein de la compagnie ?

Personnellement, ma décision était de maintenir le processus légal.

 Sur le plan du redressement. Y-aura-t-il licenciement ou un plan social?

Nous avons rencontré le personnel en assemblée générale. Nous avons constaté qu’il y a un surplus de quatre cent postes. Ils n’affectent pas du tout le personnel détenteur d’un contrat à durée indéterminée (CDI) seulement les employés ayant un contrat à durée déterminée, les intérimaires, les prestataires ou ceux qui veulent partir en retraite.

 Comment gérer ce sureffectif du personnel ?

C’est un processus qui ne se gère pas du jour au lendemain. Nous avons revu l’organigramme dans son ensemble et avons questionné chaque poste. Nous avons identifié un surplus. Parmi les CDI, il y en a qui vont être réaffectés. Pour le moment, il n’y aura pas de licenciement pour des personnes ayant un statut de CDI. Il va y avoir de réaffectation.

 Quels sont les impacts de l’arrivée d’autres compagnies comme Turkish Airlines sur le marché des lignes internationales sur Air Madagascar?

Air Madagascar n’est pas contre la compétition. Par contre, les activités commerciales doivent respecter les règles du jeu. Par exemple, nous savons qu’il y a des transporteurs internationaux qui pratiquent une guerre de prix inéquitable. Nous avons déposé dans ce sens une plainte auprès de l’aviation civile de Madagascar pour qu’il y ait une rectification de ce genre de situation. S’il y a des compagnies qui veulent entrer dans la compétition, elles sont les bienvenues. Le ciel est ouvert partout. Seulement, nous n’accepterions jamais qu’il y ait des compagnies étrangères qui n’ont aucun lien économique direct avec le pays et qui soient autorisés à faire des vols intérieurs intra-Madagascar sous la forme de cabotage.

 Madagasikara Airways vous a-t-il pris des parts marchés?

Tout compétiteur a un impact. Les six derniers mois, nous avons réussi à stabiliser la situation de Air Madagascar. Nous allons procéder à une révision complète de nos services. Nous prenons en compte cette arrivée de Madagascar Airways sur le vol domestique.

 Cela faisait presque six ou sept mois que vous êtes à la tête de Air Madagascar. Quelles ont été selon vos appréciations personnelles ?

Mon mandat dans un premier temps est de redresser la compagnie au niveau opérationnel, technique, financier. Au niveau financier, les résultats sont toujours extrêmement pénibles. L’aspect de fond de roulement est très serré. L’autre point que nous avons travaillé beaucoup c’est de la sortie de l’annexe B de l’EASA. Nous avons fait une demande auprès de Bruxelles et ils ont envoyé une délégation pour faire une vérification au mois de mars. La sortie de l’Annexe B reste un grand espoir. C’est un dossier très important pour Air Madagacar. Le fait d’appeler ou d’acheter le service d’un autre opérateur coute à Air Madagascar 3 à 4 millions de dollars par chaque année.

 Est-ce que Air Madagascar renait de ces cendres ?

Pour faire un succès, il faut de bon ingrédient. L’aspect de ressources humaines est un élément important. Le personnel est conscient pour soutenir les efforts de la compagnie. Selon mes expériences, Air Madagascar dispose d’un conseil d’administration très efficace. En tant que directeur général, c’est un élément de motivation très important.

 Cette implication de l’Etat ou de la politique n’aura pas eu des impacts négatifs des décisions ?

Depuis que je suis ici, je travaille directement avec le conseil d’administration. Il y a une chaine de commandement au sein d’une société. Le propriétaire s’adresse au conseil d’administration, et cette dernière donne des ordres à la direction générale. Les interventions politiques au sein d’Air Madagascar ont été extrêmement minimes.

 Quelles seraient les solutions efficaces ?

Que le personnel continue tous les efforts déjà entamés et aient confiance à la direction générale. Que notre poursuite de recherche de partenaire stratégique soit une réussite. Celle-ci va permettre à un apport de capital à Air Madagascar. Ce qui permet à la compagnie de réduire sa dette à court terme. La dette à long terme, elle est très facile à cerner, c’est-à-dire les deux Airbus.

 Est-ce qu’il y a déjà des investisseurs intéressés ?

Nous avons expédié environ trente cinq cahiers d’informations à l’endroit des investisseurs potentiels, des transporteurs aériens, des banques, des investisseurs privés.

 Est-ce qu’il y aura une privatisation d’Air Madagascar ?

 La décision appartient au propriétaire. Peut être que ce serait une injection de fonds, ou ouverture de capitale ou cette question de privatisation. L’Etat seul peut décider de l’avenir d’Air Madagascar.

Lova Rafidiarisoa : b.lexpressmada.com

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