Couloir aérien: une nouvelle piste d’envol pour Maurice?

Annoncé en octobre dernier, le couloir aérien découlant de l’accord entre Changi Airport et Air Mauritius sera lancé le 12 mars. Il a pour objectif, à terme, de propulser Maurice dans le cercle des pays à hauts revenus. Comment? En transformant le pays en hub reliant directement l’Asie et l’Afrique, selon les propos du Premier ministre. D’ailleurs, sir Anerood Jugnauth avait qualifié ce partenariat d’«historique».

Lors de la conférence de presse tenue l’année dernière, il avait fait ressortir que «Singapour est une passerelle qui nous donnera accès à plus de 90 destinations en Asie», alors que Maurice est un portail «vers des destinations de l’océan Indien et de l’Afrique». Mais au milieu du tonnerre d’applaudissements, quelques fausses notes…

Megh Pillay : «La solidité financière et opérationnelle, une condition essentielle à l’expansion»

Le nouveau CEO d’Air Mauritius, Megh Pillay – qui ne sera pas présent pour le lancement de ce couloir aérien vu qu’il ne prendra son poste que le 15 mars – n’a pas souhaité réagir par rapport à ce projet. Toutefois, en tant qu’observateur indépendant et professionnel de l’aviation, il a été constant dans son analyse dans le passé. Ce qui lui a fait dire récemment, bien avant qu’il soit pressenti pour ce poste, que «la solidité financière et opérationnelle est une condition sine qua non pour toute expansion». Il ajoute que «MK doit se fixer comme priorité l’optimisation et la rentabilisation de son réseau, la modernisation de sa flotte et l’amélioration de la qualité et du confort de ses cabines».

Vishnu Lutchmeenaraidoo : «Changi canalisera les businessmen d’Asie vers Maurice»

Dans l’interview qu’il a accordée mardi à l’express, Vishnu Lutchmeenaraidoo note que «Changi canalisera les hommes d’affaires asiatiques vers Maurice c’est à MK de les acheminer vers l’Afrique. Avec le corridor financier et le corridor aérien vient s’ajouter l’impératif d’une infrastructure de télécommunication régionale».

AHRIM : «Un projet qui s’inscrit dans la logique des hubs»

Du côté de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM), l’on estime que le projet est ambitieux et réunit toutes les chances de réussite, dans la mesure où les investissements destinés à le nourrir sont consentis par toutes les parties prenantes. Jocelyn Kwok, le CEO de l’AHRIM, pense qu’Air Mauritius, qui est en première ligne de cette initiative, bénéficie du soutien attendu de ses actionnaires. «Au-delà des connexions Afrique-Asie qui se développeront au rythme des avancées économiques des différents pays ciblés, il y a aussi le tourisme de loisirs/vacances et le stop over qui sont appelés à alimenter ce corridor.»

L’AHRIM soutient, à travers son CEO, que cette initiative s’inscrit totalement dans la logique de hubs que prônent Maurice et Air Mauritius depuis de nombreuses années. «Chacun des hubs mis en place, principalement Paris, Dubai, Istanbul et maintenant Singapour, a sa place dans notre logique d’améliorer notre connectivité aérienne, et d’augmenter la diversité de nos marchés sources. Maurice, au vu de son éloignement géographique, doit rester directement connecté avec les principaux aéroports de demain. Nous sommes sur la bonne voie car, sur la liste des Top 20 des aéroports les plus animés en 2015 – et si l’on exclut les six grands aéroports américains –, Maurice est déjà connecté à dix d’entre eux.»

Réceptifs et tour-opérateurs pensent à l’après…

L’ouverture du couloir aérien Changi Airport-Air Mauritius est bien accueillie du côté des réceptifs et agences de voyages. Pour Caroline Chen, directrice d’Atom Travel, cela avantagera la clientèle locale. «Les clients auront désormais plus de choix au niveau des destinations pour les départs vers le Sud-Est asiatique et la Chine», avance-t-elle, ajoutant qu’au niveau d’Atom Travel, de nouveaux forfaits sont en cours d’élaboration. Ces forfaits seront lancés le 12 mars.

Chez Omarjee Holidays, l’enthousiasme est aussi de mise. Pour le directeur de marketing et de développement Omarfarooq Omarjee, ouvrir nos portes à d’autres destinations est une bonne chose pour le pays. «Mais il ne faut pas oublier que Maurice est déjà connecté à plusieurs autres couloirs aériens comme celui de Paris, via Air France. À travers ce couloir, nous avons accès à plusieurs destinations à travers l’Europe. Il y a aussi le couloir aérien vers les Émirats arabes unis via Emirates Airlines», rappelle-t-il. Raison pour laquelle il estime qu’il faut voir plus loin. «Le gouvernement doit maintenant inciter plus de compagnies aériennes de cette région à desservir Maurice et penser à une stratégie sur le long terme.» Il estime aussi que les couloirs aériens existants ont besoin de davantage de marketing afin que le pays puisse mieux en profiter.

Une opportunité de doper le commerce avec l’Afrique

Le commerce extérieur devrait bénéficier de l’ouverture du couloir aérien. Et selon Hans Herchenroder, président du Supply Chain Council au niveau de la Mauritius Export Association et membre du Cargo Committee au sein du bureau du Premier ministre, c’est au secteur privé de profiter à présent de cette opportunité, notamment pour ce qui est des exportations sur le marché africain et du transit des marchandises en provenance de la Chine et de l’Asie du sud-est à Maurice.

Pour notre interlocuteur, cette opportunité contribuera certainement à positionner Maurice comme un hub et facilitera l’accès à plusieurs marchés du continent africain. «Il y a environ 250 000 tonnes de produits qui transitent entre l’Afrique et l’Asie chaque année et Maurice n’y touche pas assez», explique-t-il. Chose qui devrait changer avec l’arrivée du couloir aérien.

Quid du secteur manufacturier local ? Ne risque-t-il pas d’être davantage affecté par les produits en provenance d’Asie du Sud-Est et de la Chine ? Selon Hans Herchenroder, cela devrait avoir l’effet inverse. «L’industrie manufacturière locale a beaucoup à gagner à travers cette ouverture, notamment vis-à-vis du marché africain. Le secteur manufacturier a toujours été pénalisé par des contraintes logistiques. Mais le couloir aérien devrait considérablement aider à changer les choses, surtout au niveau des exportations.» .lexpress.mu

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