La Chine à l’assaut du ciel africain

Le premier marché étranger de l’avionneur chinois Comac est africain. Il s’agit de la République du Congo, qui a acheté en 2013 trois de ses appareils d’entrée de gamme, l’ARJ-21, premier avion régional bimoteur produit en série par la Chine. Il sera livré cette année au ministère des transports de Brazzaville dans sa version commerciale, pour 70 à 90 passagers.

Après douze années de développement et une entrée en service laborieuse, ralentie par les problèmes de certification internationale, l’ARJ-21 a donc fini par décoller. Largement inspiré du MD-90 de l’américain McDonnell Douglas, il est un concurrent potentiel des avions du canadien Bombardier, du brésilien Embraer ou des ATR franco-italiens. On ignore encore qui exploitera ces appareils et le montant exact – ainsi que le mode financement – de la transaction congolaise, mais c’est un symbole fort. Sur les trois cents commandes fermes, seuls ces trois appareils voleront en effet pour l’instant hors du ciel chinois.

On apprend également cette semaine que le premier long courrier chinois, le C919, volera avant la fin de l’année. Un projet ambitieux et une pierre dans le jardin des géants du secteur, Boeing ou Airbus. « La Chine espère gagner des parts de marché dans les pays émergents et apparaître comme un challenger crédible », explique Eric Wang, analyste du secteur aérien en Asie.

La Chine pousse ses compagnies à desservir l’Afrique

Comme l’ARJ-21, le C919 sort des usines de Comac (Commercial Aircraft Corporation of China), un géant étatique du transport aérien dont la maison mère, AVIC (Aviation Industry Corporation of China), emploie 400 000 personnes dans les secteurs civil et militaire.

Dans le même temps, le gouvernement chinois pousse ses compagnies à desservir l’Afrique. Un continent à la traîne sur le plan du transport aérien avec seulement 2 % du trafic mondial. Sur un territoire aussi vaste et mal desservi que l’Afrique, les perspectives sont intéressantes. Pékin l’a bien compris et veut développer des vols directs : Air China et South African Airways (SAA) ont ainsi signé un protocole d’accord en décembre dernier avec pour objectif, non confirmé, d’ouvrir cet été la première liaison directe entre Pékin et Johannesburg avec trois vols hebdomadaires. Une liaison Pékin-Addis Abeba pourrait suivre en octobre de cette année, de sources chinoises.

Ethiopian Airlines et SriLankan Airlines envisagent quant à elles l’ouverture de nouvelles rotations, certainement en partenariat avec des compagnies chinoises. L’épidémie d’Ebola a retardé leurs plans de vol, mais les négociations reprendront dès le mois de mars, nous assurent les deux compagnies.

Le développement de compagnies mixtes

« Nous allons développer nos liaisons entre la Chine et l’Afrique car la demande chinoise est très forte, a confirmé Kapila Chandrasena, le directeur général de SriLankan Airlines. Nous devrions confirmer nos projets d’ici la fin de l’année ».

Ethiopian Airlines a déjà trois villes à son catalogue : Pékin, Canton et Shanghai. Elle transporte actuellement entre la Chine et l’Afrique une moyenne de 360 000 passagers par an contre à peine 60 000 il y a dix ans.

Une autre piste est le développement de compagnies mixtes sur le modèle d’AWA au Ghana. Africa World Airlines est la première co-entreprise du secteur, mariage de la compagnie chinoise Hainan Airlines, du fonds de développement Chine-Afrique, de la compagnie d’assurance ghanéenne SSNIT et du Ghana Strategic African Securities. La compagnie a le vent en poupe et propose désormais des vols vers Lagos tout en étudiant des destinations comme Ouagadougou et Abidjan.

La Chine bouscule ainsi la donne dans le transport aérien. Nouveaux appareils, compagnies aériennes plus offensives, force de frappe commerciale et financière : le ciel africain va-t-il un jour lui appartenir ? Source: lemonde : maliweb.net

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