La desserte Abidjan-Paris de nouveau sous le monopole d’Air France

Une baisse des tarifs est suspendue à la réduction de certaines taxes ne concernant pas directement l’aviation.

Des rencontres au plus haut sommet de l’État ivoirien et du groupe Air France-KLM ont eu lieu à Paris lors de la COP21, puis à Abidjan la semaine dernière à l’occasion de la célébration du 75e anniversaire de la desserte aérienne. À l’ordre du jour, la baisse des tarifs des vols directs. Elle ne concerne plus, pour cet hiver, qu’Air France depuis que Corsair a suspendu récemment sa ligne vers Orly.

Les taxes sur les billets s’envolent

Le prix des billets est impacté par différentes taxes (taxe Chirac, du tourisme, des écoles près de l’aéroport). Sur 100 euros de taxes et de redevances liées au billet, près de 65 euros ne concernent pas l’aéroport ou l’aviation, mais vont dans la poche de l’État ou des collectivités. Elles pourraient être modérées, ce qui représente 10 % du tarif d’appel vers Abidjan-Paris en classe économique. Sans compter les 60 euros de visa vers la France ou 73 euros vers la Côte d’Ivoire. La main sur le cœur, Alexandre de Juniac, PDG d’Air France-KLM, promet que le prix des billets n’augmentera pas. Les capacités de la ligne en sièges vont, elles, être à la hausse avec une quatrième desserte hebdomadaire Paris-Abidjan en Airbus A380 pendant les fêtes de fin d’année. Le super jumbo, c’est « l’arme fatale », l’avion qui séduit les passagers. En août dernier, le remplissage de l’A380 atteignait 95 %. Autant dire qu’il ne restait que des miettes de trafic rentable à Corsair. Retirée le 24 octobre dernier, la compagnie du groupe TUI promet de revenir en juin prochain, mais déjà Air France lui savonne la planche. Elle déploie, à compter du 13 janvier, sur les Boeing 777, volant les autres jours que ceux de l’A380, la cabine « Best ». Les sièges en classe affaires offrent de vrais lits et ceux en classe économique sont nouveaux. La guerre des prix pour cet été est déjà engagée : le tarif d’appel (exemple du 14 au 21 juin) est presque le même chez Air France et chez Corsair à 650 euros aller et retour, mais la compagnie nationale peut offrir beaucoup plus de sièges à ce tarif pour obliger son concurrent à baisser ses prix, donc à perdre un peu plus d’argent. D’autres solutions de voyage existent pour le passager, un peu moins chères, à condition de ne pas compter son temps. Quand il faut 6 h 25 en vol direct pour Paris, le voyage via Casablanca avec Royal Air Maroc dure au mieux 9 h 25. Avec Brussels Airlines, compter 9 h 40 et beaucoup plus avec Turkish Airlines via Istanbul pour un billet, certes, cent euros moins cher.

Stratégie africaine face aux compagnies du Golfe

À Abidjan, la stratégie d’Air France vise à élargir l’offre aux passagers en créant un hub régional. En s’appuyant sur le transporteur local, Air Côte d’Ivoire (ACI), dont il est actionnaire à hauteur de 20 %, Air France devrait proposer lors de la prochaine saison Iata en avril des vols en code share vers la sous-région. C’est une solution commerciale pour multiplier les dessertes les jours où il n’y a pas de vol direct de Paris vers Niamey, Ouagadougou, Lomé, Cotonou, etc. Le trajet Paris-Abidjan, par exemple, est effectué sur un avion d’Air France, puis celui entre Abidjan et Niamey sur un avion d’ACI. Le passager n’est porteur que d’un unique billet d’un coût bien inférieur à celui de la somme des deux trajets. En échange, ACI pourra commercialiser des vols vers Paris et au-delà en Europe. Ce mini-hub vise aussi à contrer la concurrence de Turkish Airlines qui cherche à rallier via Istanbul les passagers africains à destination de l’Inde et de l’Asie.

L’Afrique devient le pivot de KLM

Une autre plateforme africaine, à Nairobi où Kenya Airways, possédée à 20 % par KLM, peut proposer une desserte de l’Afrique de l’Ouest via Abidjan, mais aussi vers l’est de l’Inde et de l’Asie. Il s’agit ici pour le groupe franco-néerlandais de s’opposer non seulement aux hubs des compagnies du Golfe mais aussi à celui de Ethiopian Airlines qui capture via Addis-Abeba les flux chinois vers l’Afrique, au lieu de passer par les capitales européennes. Air France-KLM s’appuie ainsi sur l’Afrique qui devient un pivot pour l’aider à capter les courants de trafic entre l’Asie et l’Europe. Par Thierry Vigoureux : .lepoint.fr

Écrire commentaire

Commentaires : 0
Receive our trimestrial newsletter by mail