Camair Co : entre le prestige et la nécessité

On ne peut pas, on ne peut plus se voiler la face. Il faut bien poser la question de l’existence de Camair Co, la compagnie nationale de transport aérien. On a beau changer de nom, laisser Cameroon airlines pour une nouvelle appellation, apparemment plus moderne, les problèmes demeurent. Ils s’aggravent même. Ces problèmes sont connus: mauvaise gestion, problème presque chronique de liquidités, népotisme, manque d’avions, perte de confiance des passagers…

La liste est longue des difficultés qui plombent la marche de Camair Co. Comme partout ailleurs, dès qu’on a nommé un de nos compatriotes, il organise la fête. Ses amis sont heureux au moins autant que lui-même et tous ceux qui lui sont proches. «C’est notre tour de manger», entendon dire sans la moindre pudeur. Et effectivement, on mange goulûment avec un appétit d’ogre. On offre des marchés aux siens sans trop se soucier de savoir s’ils ont l’expertise, les capacités pour réaliser ce qu’on attend d’eux. Cela donne des marchés boiteux souvent pas réalisés du tout ou pas complètement réalisés. N’empêche, un forcing frénétique est fait pour qu’on les paie.  

Alors que de vrais fournisseurs sont malmenés, payés au compte-gouttes. Hormis les marchés, il faut recruter les proches sans tenir compte des capacités réelles de l’entreprise. Les gens recrutés ont-ils le profil du poste ? L’entreprise en a-t-elle besoin? Peu importe, il faut recruter. C’est tout. On se retrouve donc avec des gens dont le seul vrai travail est de venir s’installer, de faire la révérence au patron et d’écouter aux portes. Au besoin d’inventer des histoires sur ceux qui travaillent réellement. On accorde des avantages immérités à ceux de son «cercle» contribuant à créer le mécontentement des autres.

Le népotisme est en route. Dans un cas comme celui de Camair Co, il nous étonnerait fort que ce que nous venons de citer ne s’y retrouve pas, même petitement. Sans oublier les titres de transport offerts gracieusement aux amis(es) et le sempiternel problème de management. Peu de managers gèreraient leur propre entreprise comme ils gèrent les entreprises publiques. C’est vrai qu’à leur décharge, il y a par exemple des impayés à Camair Co qui plombent les finances de l’entreprise. De temps en temps, on annonce une bouffée d’air avec quelques milliards. Mais, c’est un vrai gouffre financier. Et puis sérieusement, peut-on vraiment parler d’une compagnie nationale de transport aérien avec moins de 5 avions ?

Certes, on doit saluer le retour du Dja. De plus, on peut louer des avions mais, cela exige de l’argent. Et il faut pouvoir remplir ces avions pour les rentabiliser. Donc, le problème de la confiance des passagers se pose. Et cette confiance se construit par le sérieux dans le travail, la discipline, le respect de l’heure, l’information des passagers. Toutes choses que la Camair Co pourrait difficilement revendiquer. Certes, c’est très agréable de rouler les mécaniques en montrant fièrement que nous aussi, nous avons une compagnie aérienne.

Mais depuis l’époque où le Président Ahmadou Ahidjo a quitté Air Afrique, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Et il est temps, grand temps de savoir s’il faut maintenir Camair Co pour le prestige ou si c’est un canard irrémédiablement boiteux. Des passagers manifestant à l’agence Camair Co de Yaoundé l’autre jour, cela est-il bon pour le prestige? On ne devrait pas avoir honte de tirer les leçons d’un fonctionnement catholique de Camair Co au lieu d’attendre le crash. Mais, le problème n’est pas de changer à nouveau de nom. Il y a des questions structurelles à régler. Sinon, quelle que soit la compagnie créée, elle ne pourra travailler que pour nous ralentir.

Pour ne pas rester sur une mauvaise note, signalons l’optimisme de l’actuel directeur général de Camair Co. On voudrait tant qu’il ait vu juste en parlant d’un «passage à vide», d’un «trou d’air». On aimerait tant qu’il ait raison.

© Integration.org : Gilbert Tsala Ekani

Source : camer.be

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