Journée cruciale ce jeudi pour l’avenir d’Air France

Pour les pilotes, le plan de réduction de l’offre d’Air France signifierait des licenciements, un gel des carrières et probablement une baisse des rémunérations. - Claire-Lise Havet/Air France
Pour les pilotes, le plan de réduction de l’offre d’Air France signifierait des licenciements, un gel des carrières et probablement une baisse des rémunérations. - Claire-Lise Havet/Air France

Le syndicat de pilotes SNPL vote pour ou contre l’ouverture de négociations. S’il refuse, la direction lancerait un plan de licenciements secs sans précédent.

Chez Air France, tous les regards seront tournés vers le dôme de Roissy-CDG ce jeudi. C’est là, au deuxième étage de ce bâtiment voisin du siège, que se réuniront les représentant syndicaux du SNPL, le principal syndicat de pilotes d’Air France, pour une journée de débats déterminants pour l’avenir de la compagnie. Les 44 représentants des pilotes d’Air France devront arrêter la position du syndicat concernant l’ouverture de négociations avec la direction, sur une nouvelle hausse de 10 % de la productivité d’ici à 2017.

L’enjeu de ce vote concerne tous les salariés de la compagnie. En cas de refus de négocier d’ici à fin septembre, la direction d’Air France mettrait en œuvre un « plan B », qui passerait par une réduction de l’offre d’Air France d’au moins 10 %, le retrait d’au moins une dizaine d’avions long-courriers et un plan de licenciements secs sans précédent dans l’histoire de la compagnie, qui n’épargnerait personne. Un seul avion long-courrier représente en effet 20 emplois de pilotes, mais aussi 80 postes d’hôtesses et stewards et 250 emplois au sol.

Convaincre la base

De quoi mettre la pression sur le SNPL, seul syndicat en mesure de signer ou de rejeter un accord. Mais à la veille du jour J, le suspense restait entier sur l’issue des débats. Tout en laissant la porte ouverte à la négociation, le SNPL a pris contact avec d’autres syndicats d’Air France, ces derniers jours, pour préparer de « possibles actions communes ».

Après avoir brandi la menace des licenciements, la direction a de son côté multiplié les initiatives en interne pour tenter de convaincre la base de la nécessité d’un nouvel effort de productivité. En cas d’accord, les licenciements massifs pourraient être évités et Air France pourrait retrouver le chemin de la croissance, promet-elle dans un courrier interne adressé à tous les salariés. Une rencontre avec les syndicats de personnels navigants commerciaux (PNC) est d’ores et déjà programmée pour ce vendredi et plusieurs réunions d’information pour les pilotes sont prévues la semaine prochaine et la suivante.

Parvenir à un accord négocié

En cas d’échec des négociations, la direction pourrait en effet dénoncer les accords d’entreprise et organiser un référendum interne sur ses propositions, parallèlement à l’ouverture de négociations avec les grandes centrales syndicales intercatégorielles, dont certaines ne cachent pas leur irritation face à l’attitude corporatiste du SNPL et de certains syndicats de PNC.

Cependant, en dépit de ces préparatifs, la possibilité de parvenir à un accord négocié semble être encore l’option privilégiée des deux côtés. Pour la direction, la dénonciation des accords ouvrirait une période de grande incertitude d’au moins 18 mois, avant que de nouvelles règles puissent entrer en vigueur. La perspective de licenciements massifs en cas d’attrition semble également périlleuse.

Lettre d’engagement

Côté pilotes, outre le risque d’être tenus pour responsables, le plan de réduction de l’offre signifierait des licenciements, un gel des carrières et probablement une baisse des rémunérations, qui reposent en partie sur les heures de vol effectuées, ainsi que la perspective de voir la croissance partir chez KLM.

Faute de pouvoir parvenir à un accord définitif avant le 30 septembre, la direction pourrait se contenter d’une lettre d’engagement du bureau du SNPL autour d’un objectif de productivité qui resterait à détailler et à faire valider par les pilotes. Lors de la négociation du précédent plan Transform, cinq mois s’étaient écoulés entre la signature d’un projet d’accord et sa validation finale par un vote des pilotes.

BRUNO TREVIDIC / JOURNALISTE

Source : lesechos.fr

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